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L'Humanité

L’humanité
Cultures - 
Article paru le 30 novembre 2009
La chronique théâtrale de Jean-Pierre Léonardini
Éloge de possédés en tout genre


Chantal Morel anime à Grenoble l’Équipe de création théâtrale. Elle présente sa mise en scène des Possédés, d’après le roman de Dostoïevski, adapté par ses soins à partir d’un texte français de Sacha Saint-Pierre. Pour peu qu’on garde sa curiosité en éveil, on est constamment tenu en haleine devant cette représentation au long cours (six heures trente avec entractes). Le théâtre, dès qu’il manifeste une authentique visée intellectuelle, n’est-il pas apte à devenir le lieu d’élection de tels exploits  ? Tout, de l’intrigue tressée par Dostoïevski, dans ce roman qui est un monde, est donc traité à sa haute mesure, depuis le motif de chaque personnage, qu’il soit grotesque, tragique ou les deux à la fois, jusqu’au tapis au dessin complexe dans son ensemble, envisagé comme vaste fresque où s’entrecroisent des créatures antagonistes en lutte permanente. Ils sont douze en scène (Servane Ducorps, Marie Gauthier, Isabelle Lafon, Marie Lamachère, Fabien Albanèse, Vincent Bouyé, Nicolas Cartier, Dominique Collignon-Maurin, Stéphane Czopek, Roland Depauw, François Jaulin et Rémi Rauzier). On dirait qu’ils sont trente. Les lumières d’obscure clarté (Isabelle Senègre, également responsable de la régie générale) sont pour beaucoup dans le climat de cauchemar où baigne ce spectacle dans lequel, par le biais de paravents translucides, les figures impliquées se répartissent dans des illusions de chambres ou de salons faits de rien. L’œuvre mêle le pamphlet du nihiliste repenti (Dostoïevski, irrémédiablement guéri de sa jeunesse de conspirateur, qui lui valut le bagne et un simulacre d’exécution capitale) à sa quête mystique tournée vers Dieu et la sainte Russie, face à l’Europe athée. Génie réactionnaire, démiurge nourri de Gogol, il donne chance à la pire crapule (Piotr Verkhovenski), au plus épouvantable pécheur (Stavroguine) comme au suicidaire Kirilov ou à la délirante et pure Maria Lebiadkine.