Le Monde - Brigitte Salino

 

Fidèle à ses utopies, Chantal Morel a monté " Don Quichotte" dans un quartier sensible, avec une douzaine d'habitants


 

Chantal Morel ne fait rien comme tout le monde. Elle crée un spectacle, Pauvre fou !, en plein mois d'août, toute seule, sans être rattachée à un festival, et elle choisit de le présenter au Village olympique, un quartier éloigné du centre de Grenoble et guère mieux loti que son voisin la Villeneuve, où en 2010 éclatèrent les émeutes qui dictèrent à Nicolas Sarkozy son discours sur la nouvelle politique sécuritaire.

Chantal Morel s'est dit que c'était là qu'elle devait travailler, en suivant le fil de deux expériences : celle de la photographe Susan Sontag qui était allée mettre en scène En attendant Godot, de Beckett, dans Sarajevo assiégée, en 1993 ; et, plus récemment, celle du vidéaste Paul Chan, qui lui aussi décida de mettre en scène Godot, à La Nouvelle-Orléans, dévastée par l'ouragan Katrina, en 2005.

Que faire dans la Villeneuve, née il y a quarante ans d'une utopie et aujourd'hui mise au ban de la société ? Chantal Morel a commencé par y louer un appartement. Elle s'est adressée à l'office HLM qui lui en a trouvé un sans difficulté dans le fameux Arlequin coloré, parce que "pas grand monde veut y vivre". Avec sa compagnie, l'Equipe de création théâtrale, la metteuse en scène y a pris ses quartiers, a déambulé dans les rues et sur les places, rencontrant des gens, nouant des contacts. Sans passer par les réseaux associatifs : elle ne voulait pas "faire du social", mais du théâtre. Un de ses amis, l'acteur Ali Djilali, très actif à la Villeneuve, l'a aidée dans sa démarche.

 

Ainsi, en prenant son temps pour ne rien brusquer, Chantal Morel a réuni des habitants du quartier, avec lesquels ses quatre comédiens professionnels et elle ont commencé par faire des ateliers autour de Godot. Mais la pièce résistait : elle ne correspondait pas à ce qui s'était joué et se jouait à la Villeneuve. Il lui manquait la dimension utopique, que l'Equipe de création théâtrale a trouvée dans L'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche, de Cervantès, rebaptisé Pauvre fou !.

Pour monter la production du spectacle, Chantal Morel s'est servie des deniers de sa compagnie, sans demander d'aide financière particulière à la mairie. "Les subventions sont faites pour déplacer de l'argent là où il n'y en a pas", dit la Grenobloise, qui va toujours jusqu'au bout de ses démarches, sans transiger.

La salle de la Villeneuve ne lui ayant pas ouvert ses portes en août, l'Equipe de création théâtrale a trouvé refuge au Théâtre Prémol, au Village olympique, où elle a construit un beau décor en récupérant des éléments de ses anciens spectacles. Le soir de la première, lundi 20 août, la canicule écrasait la cuvette entre les montagnes qu'est Grenoble. Cela n'a pas empêché les gens de venir au Prémol, dont les gradins de pierre en amphithéâtre avaient été arrosés, juste avant la représentation. Il y avait là des fidèles de Chantal Morel et quelques amis des comédiens amateurs, qui sont douze, dont huit hommes. Pourquoi plus d'hommes que de femmes, alors qu'en général c'est le contraire, au théâtre ? "Je ne sais pas ; c'est peut-être lié à la vie maghrébine", répond Chantal Morel, en précisant qu'"il y avait un seul critère : être de la Villeneuve".

Il y a tant d'entrées dans Don Quichotte qu'il fallait bien en trouver une. C'est Pauvre fou !, soit un homme ingénu qui pose des questions sur la morale individuelle et sociale : n'y a-t-il pas d'autres voies que celles communément établies ? Ne pourrait-on pas essayer de penser d'une manière différente, comme le chevalier de Cervantès, qui voit des géants là où des moulins tournent dans le vent ? Ces questions, Chantal Morel les met en scène à sa façon et avec son talent. Comme toujours, il y a dans son spectacle un sens rare du théâtre : des gens arrivent sur un plateau, et une magie opère, qui rend les personnages magnifiques, humains, auréolés d'une lumière que l'on dirait faite à la bougie. Et, même si Pauvre fou ! n'a pas encore trouvé son rythme, Chantal Morel donne, une fois de plus, l'impression de lire à coeur ouvert dans le grand livre du monde. Avec ses utopies blessées, dont témoigne comme il se doit le spectacle de la Villeneuve. 

 

Brigitte Salino, article du 24 août 2012



Les réactions

Avatar françois dupont

Madame Brigitte Salino,
vous n'avez pas bien lu Don Quichotte, si j'en crois ce que vous écrivez dans votre critique de la pièce de théâtre "Le Faiseur" (Le Monde du 27/03/14). En effet vous écrivez, à propos de l'interprétation de l'acteur : "son Mercadet est un Don Quchotte qui n'aurait pas peur des moulins à vent". Le héros de Cervantès, au contraire, n'a absolument pas peur des moulins à vent, il fonce dessus, ce qui montre son courage en même temps que sa folie.D'ailleurs, lisez ou relisez ce livre extraordinaire, vous ne finirez pas de vous en enrichir. Ceci dit j'ai apprécié votre article sur cette pièce de théâtre et j'irai la voir.
Bien cordialement,
François Dupont

Le 27-03-2014 à 17:06:35

Avatar françois dupont

Madame Brigitte Salino,
vous n'avez pas bien lu Don Quichotte, si j'en crois ce que vous écrivez dans votre critique de la pièce de théâtre "Le Faiseur" (Le Monde du 27/03/14). En effet vous écrivez, à propos de l'interprétation de l'acteur : "son Mercadet est un Don Quchotte qui n'aurait pas peur des moulins à vent". Le héros de Cervantès, au contraire, n'a absolument pas peur des moulins à vent, il fonce dessus, ce qui montre son courage en même temps que sa folie.D'ailleurs, lisez ou relisez ce livre extraordinaire, vous ne finirez pas de vous en enrichir. Ceci dit j'ai apprécié votre article sur cette pièce de théâtre et j'irai la voir.
Bien cordialement,
François Dupont

Le 27-03-2014 à 17:06:51

Avatar françois dupont

Madame Brigitte Salino,
vous n'avez pas bien lu Don Quichotte, si j'en crois ce que vous écrivez dans votre critique de la pièce de théâtre "Le Faiseur" (Le Monde du 27/03/14). En effet vous écrivez, à propos de l'interprétation de l'acteur : "son Mercadet est un Don Quchotte qui n'aurait pas peur des moulins à vent". Le héros de Cervantès, au contraire, n'a absolument pas peur des moulins à vent, il fonce dessus, ce qui montre son courage en même temps que sa folie.D'ailleurs, lisez ou relisez ce livre extraordinaire, vous ne finirez pas de vous en enrichir. Ceci dit j'ai apprécié votre article sur cette pièce de théâtre et j'irai la voir.
Bien cordialement,
François Dupont

Le 27-03-2014 à 17:07:05

Avatar cest moi

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Le 05-05-2015 à 12:29:43

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