Télérama / 16.02.11

"Mon Dieu ! Oh, là là là !"

Home de David Storey

Théâtre - Chantal Morel remet en scène des êtres souffrants et leurs bribes de paroles. Terriblement humains, sensibles.

Tout flotte, l'espace, les mots et les acteurs. Comme si rien n'avait de but, comme si l'horizon s'arrêtait là, juste au bord. C'est d'ailleurs une rive laiteuse, sans aspérité et sans rupture, que la metteuse en scène Chantal Morel a suggérée grâce à ce sol couleur de galet, cette lumière corrodée par la brume qui décline tout au long du spectacle, passant de l'aube à la nuit. Pour arrimer leur existence, les personnages de Home n'y ont qu'une table et deux chaises de jardin. Un élégant d'une finesse osseuse s'approche. Un autre, plus rondouillard sous son veston, le rejoint. S'engage une conversation trouée, où chacun suit ses propres divagations, se raccroche à l'autre par des formules toutes faites, des « mon Dieu ! » et des « Oh, là là là ! » risibles, susurrés avec une admiration polie. La mondanité des Britanniques à l'heure du thé mais décrite par un disciple de Beckett : bien plus qu'une drôle de comédie sur la pluie et le beau temps.

Second tableau. Un duo de filles branquignoles débarque (gouaille et provocation, langage à connotation sexuelle). Le choc de deux mondes ? En apparence seulement, car l'ailleurs que tous les personnages évoquent en tournant furtivement la tête vers les coulisses est le même : un asile, probablement. Un lieu pour encalminés sociaux et déviants psychiques... Tous sont donc bien loin de leur « home ». Les femmes crient, les hommes pleurent.

Pour la deuxième fois la metteuse en scène grenobloise Chantal Morel met Home « sur le métier » : vingt-cinq ans après, elle l'a recréé, cette saison, à la MC2. Depuis l'élan naïf de la première rencontre avec ce texte écrit en 1970 par le dramaturge et scénariste anglais David Storey, la vie et le théâtre ont fait chez elle leur chemin. Mais ces émotions qui s'effilochent l'ont à nouveau happée : « J'en ai ressenti l'appétit, une sensation près de l'estomac : le besoin de creuser à nouveau l'intérieur de ces mots. » Pari réussi puisque les nouveaux acteurs réunis par Chantal Morel disent, par la raideur ou la défaillance des corps, leurs atermoiements ou leurs silences, l'indicible : l'humanité sensible de ces êtres abandonnés.

 

Du 22 au 26 février à Rennes (35), tél. : 02-99-31-12-31 ; les 22 et 23 mars à Douai (59), tél. : 03-27-99-66-66.

Emmanuelle Bouchez

 



Les réactions

Avatar Rudhana

An answer from an eerxpt! Thanks for contributing.

Le 11-06-2012 à 09:38:51

Avatar Nithya

So true. Honesty and everything reogcnized.

Le 14-06-2012 à 05:17:00

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