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Mardi 23 novembre


Cinq personnages dans une île qui ressemble à un asile.

Cela fait du bien d’entendre les mots de David Storey, cet auteur britannique un peu oublié, dont Chantal Morel met en scène Home, jusqu’au 27 novembre à la MC2 de Grenoble. Né en 1933, ancien joueur professionnel de rugby passé à la littérature, David Storey fut proche de Lindsay Anderson (1923-1994), un des chefs de file du « free cinema », qui a connu la célébrité avec If, Palme d’or à Cannes en 1969.

Anderson a également créé plusieurs pièces de Storey au Royal Court de Londres, au début des années 1970. Dont Home, que Claude Régy a fait découvrir, à Paris, en 1972, en dirigeant un jeune débutant, Gérard Depardieu, avant que Les Valseuses n’en fassent une star. Claude Régy avait demandé à Marguerite Duras de traduire le texte.

On comprend que Duras ait aimé ce texte, très révélateur d’une époque marquée par l’introduction d’un nouveau langage, bref et allusif, et par le courant de l’antipsychiatrie qui a alors traversé l’Europe. Storey s’est toujours intéressé aux gens de peu, et à la réalité sociale. Dans le prix d’un home (1963), il racontait l’histoire d’un ouvrier cherchant à s’extraire  de la médiocrité de sa vie par le sport. Dans Home, il montre cinq personnages à la recherche d’une parole de réconfort, dans un endroit présenté comme une île, et qui pourrait bien être un asile. Chacun a une histoire dure, dont on ne connaîtra que les bribes, parce que tout, chez eux, passe par les trous du langage.


Talent subtil

On dit parfois d’un fou qu’il lui manque une case. Dans Home, il manque une case dans les mots échangés entre les trois hommes et les deux femmes. Ils parlent en apparence comme on peut le faire quand on est dehors, à attendre que le temps passe avant l’heure de manger.

Mais les paroles ricochent comme des cailloux sur l’eau, ou sautent du coq à l’âne, pour éviter l’aveu. Cela donne des moments assez terribles, et d’autres très drôles, surtout dans la mise en scène de Chantal Morel, qui voue à Home une affection indéfectible. Elle a déjà monté la pièce deux fois. Elle y revient, avec son talent subtil qui fait des cinq personnages des gens comme tout le monde, à essayer de trouver le réconfort auprès de présences avec qui parler. Et à retrouver ainsi un Home, une maison des mots, grâce David Storey.

Brigitte Salino



Les réactions

Avatar Pedro

Back in shcool, I'm doing so much learning.

Le 14-06-2012 à 05:03:52

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